Les trottinettes en libre-service ont-elles un avenir sur nos trottoirs en 2019 ?

Lancé dès 2017 outre-Atlantique, le secteur des trottinettes en libre-service est aujourd’hui en plein essor. Le marché est largement dominé par les mastodontes Américains Bird et Lime. Véritable révolution pour certains, objet à bannir pour d’autres. Les trottinettes en libre-service ne laissent pas indifférent. Tour d’horizon de ce nouvel usage, de leur impact social jusqu’aux effets présumés sur l’environnement.

Le principe des trottinettes en libre-service

De la même façon que pour le vélo partagé (Vélib’, Ofo…), il faut distinguer deux types d’offres en « libre-service ».

La première, nous la connaissons tous, c’est celle qui nécessite de récupérer et déposer son moyen de transport à un endroit particulier. Il s’agit de stations de stockage, de plus en plus équipées de possibilités de recharge pour les versions électriques. Si cette offre est la plus ancienne et la mieux implantée, elle est de plus en plus concurrencée par un nouveau type de libre-service : le « free floating ».

Le free-floating, encore appelé « dock less », ne nécessite pas de station ou borne. Il est donc possible de laisser sa trottinette un peu partout en ville après utilisation. Si cette option parait séduisante au premier abord, elle pose néanmoins certaines questions en termes de réglementation, de sécurité et de risques de dégradations du matériel.

application mobile pour trottinettes en libre-service

Quel que soit le type de « libre-service », les sociétés qui commercialisent leurs solutions mettent généralement à disposition des applications mobiles afin de localiser facilement une trottinette. Elles proposent également des tarifs avec ou sans abonnement, pour s’adapter aux trajets de chacun.

Les offres disponibles en France

Knot : libre-service en France

Knot, la Française pionnière en la matière

Cette société Strasbourgeoise est la première à avoir expérimenté le partage de trottinettes en France, dès 2017. Dotée d’un cadenas connecté, le déverrouillage de la trottinette se fait à l’aide d’une application mobile dans les stations installées. Après des tests en région Parisienne, le réseau semble se développer avec l’arrivée de bornes Knot à Colmar, en partenariat avec la SNCF. Le test est réalisé pendant 6 mois, avant un développement plus important si les résultats sont concluants.

trottinettes en libre service

WeTrott', la petite nouvelle qui veut faire des étincelles

En 2018, la ville de Versailles a accueilli une première station We Trott’ à la gare du château. Le plus de We Troot : fournir le casque et le cadenas avec la trottinette. Le déverrouillage se fait une nouvelle fois à l’aide d’une application et d’un QR Code. Un premier réseau est accessible à Saint-Quentin-en-Yvelines notamment.
La promesse de WeTrott' : faire tenir 15 trottinettes dans une seule station de stockage totalement autonome. Leur offre reste malheureusement anecdotique dans le paysage urbain Français, du moins pour le moment.

trottinettes en libre-service LimeS

Lime-S, le rouleau compresseur Américain

Déjà présente depuis un moment aux Etats-Unis, l'entreprise a débarqué au printemps 2018 à Paris. Particularité de ces trottinettes en libre-service : la mise à disposition sur le modèle du free-floating. Avec leur couleur citron vert, les trottinettes Lime ne passent pas inaperçues. En nombre de trottinettes, la flotte Lime est actuellement la plus importante à Paris. Au niveau mondial, Lime est aujourd'hui le numéro 1 du secteur. Des acteurs majeurs comme Uber ont d'ailleurs investi dans la société, portant la valorisation de Lime à plus de 2,4 milliards de dollars.

Trottinettes free-floating Bird

Bird, le concurrent direct

Difficile de distinguer l'offre Bird de celle de Lime. Longtemps startup des trottinettes en libre-service la plus valorisée au monde, elle partage maintenant l'affiche avec Lime. Ses trottinettes en libre-service proposent eux-aussi un modèle en free-floating. Ses trottinettes sont en fait des modèles de Xiaomi M365 rebadgées aux couleurs de Bird. Bird est aujourd'hui valorisée à plus de 2 milliards de dollars, faisant d'elle la seconde licorne du secteur des trottinettes.

Complètement absentes des trottoirs il y a encore 2 ans, les trottinettes en libre-service attirent une concurrence féroce. Citons par exemple Txfy à Paris, qui à son tour a lancé début septembre 2018 sa trottinette électrique, Bolt. A ne pas confondre avec B Mobility, le service free-floating d’Usain Bolt. Quand on vous dit qu’il y a du monde sur le créneau…

Quelles offres de trottinettes en libre-service au niveau mondial ?

trottinette libre-service Spin

Spin, on prend les mêmes et on recommence

Encore une société Américaine, toujours sur le modèle du free-floating. Si on connait peu leur offre en Europe, Spin est un acteur incontournable aux Etats-Unis. Ses ambitions sont d'ailleurs mondiales, comme en témoigne son rachat par le constructeur automobile Ford en novembre dernier. Le spécialiste automobile y voit un intérêt pour compléter son offre de services et être acteur des évolutions de mobilité à venir.

trottinette Dott : champion européen

Dott, un futur champion Européen ?

Si les Américains ont mis le paquet sur le libre-service, les Européens ne sont pas en reste et se préparent à riposter. Parmi les concurrents de notre continent, Dott, se rêve en futur leader. Si l'entreprise a été fondée à Amsterdam, ce sont bien deux Français qui en tiennent les rennes. Dott a annoncé une levée de fonds de 20 millions d'euros afin de se développer rapidement. L'implantation à Paris est en cours.

trottinette Unicorn

Des acteurs toujours plus nombreux

La liste des acteurs du libre-service s'allonge un peu plus chaque mois. Une chose est sûre : toutes ne survivront pas. Parmi tous les concurrents, quelque-uns pourraient tirer leur épingle du jeu.

Samocat : cette société Russe a mis au point des stations de stockage et recharge entièrement autonomes. Fonctionnant à l’énergie solaire, elles peuvent accueillir entre 5 et 20 trottinettes. Après des tests réalisés en Russie et en Finlande, la société devrait arriver ailleurs en Europe prochainement. En France, elle travaille notamment avec le constructeur de trottinettes Kleefer pour une mise en service dans les prochains mois.

Unicorn : sa particularité est le design des trottinettes. Créée par les inventeurs des modèles Pigeon et Raven, l'entreprise peut espérer apporter un côté décalé à un secteur très conventionnel. L'offre n'est pour le moment pas disponible en France, et pour cause. L'usage d'une trottinette à deux personnes devrait être rendue interdite via la Loi d'Orientation des Mobilités.

Comparatif des tarifs de trottinettes en libre-service en France

Après une période de transition, les tarifs se sont progressivement tous calés sur ceux pratiqués par Bird. A savoir 1€ pour déverrouiller l’appareil, puis 15 centimes la minute.

Sauf que cette période pourrait bientôt être révolue. Début juin 2019, Lime a brutalement augmenté ses tarifs à Lyon. A 22 centimes la minute, les réticences vont commencer à se faire sentir. D’autant plus que si cette augmentation est étendue ailleurs, il ne fait aucun doute que la propagation atteindra toute la concurrence rapidement.

Quelques exemples de tarifs pratiqués suivant la ville :

  • Paris, plus de 10 opérateurs présents (Lime, Bird, Circ, Hive, Knot, WeTrott, Bolt, Tier, Wind, VOI, Dott, Jump, Ufo, B Mobility). Comptez 1€ + 15 cts / min, pour le moment.
  • Lyon, plus de 10 opérateurs présents. Comptez 1€ + 15 à 22cts / min suivant les opérateurs
  • D’une manière générale, toutes les grandes villes Françaises ont au moins une offre de libre-service au tarif de 1€ + 15cts / min, à quelques près. Par exemple, Lille ne propose aucune offre pour le moment, en raison d’une volonté politique de limiter l’arrivée des trottinettes.

Quels avantages par rapport aux autres offres telles que le vélo ?

Concernant le tarif d’abord, la trottinette est encore plus intéressante que le vélo. La location d’un vélo électrique à Paris coûte par exemple 2€ / heure, auquel il faut rajouter le prix du pass (5€ pour 24h pour la formule découverte). Dans l’absolu l’un comme l’autre restent de toute façon très compétitifs par rapport aux autres modes de transport.

Le confort ensuite, rouler en trottinette électrique ne demande aucun effort comparé au vélo (même électrique), on va aussi vite et l’on a moins de difficultés liées à l’encombrement et au poids de l’objet.

A l’inverse, inconvénient de taille, le nombre de stations (pour le moment très limité) rend cette solution intéressante pour très peu de monde. Le free-floating peut alors devenir une option sérieuse, à condition de pouvoir trouver une trottinette à proximité.

Quelles sont les règles d'utilisation des trottinettes en libre-service ?

En France, l’usage est cadré depuis la loi d’orientation des Mobilités de 2019.

En ville, il est obligatoire de circuler sur piste cyclable, ou à défaut sur route (lorsque la vitesse limite est de 50 km/h).

Dans tous les autres cas (hors agglomération notamment), si la voie ne comporte pas de piste cyclable ou voie verte, l’utilisation d’une trottinette électrique est interdite.

Rappelons tout de même un point important. Cette réglementation concerne les modèles électriques. Voilà pourquoi l’usage d’une Simone ou toute autre trottinette manuelle n’est pas concerné.

Côté pratique, la loi impose certaines choses :

  • La vitesse est limitée à 20 km/h,
  • Les vêtements réfléchissants lorsque la visibilité est insuffisante,
  • La présence de freins, avertisseurs sonore et lumineux sur la trottinette,
  • L’utilisation d’écouteurs est interdite,
  • Le transport d’un passager avec soi est interdit. Attention sur ce point, car la pratique est courante actuellement, mais les amendes seront salées !
  • Enfin, l’utilisation n’est pas permise en deçà de 12 ans.

A noter que tout comme pour le vélo, le porte du casque n’est pas obligatoire, mais conseillé.

réglementation trottinettes en libre-service

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Le modèle du free-floating va-t-il continuer à s'étendre ?

Après un développement fulgurant venu des Etats-Unis, la situation devait tendre à se normaliser en 2019. C’était sans compter la réaction des pouvoirs publics, expérimentant diverses régulations, poussant ainsi tout le secteur à s’adapter. A cette allure, les trottinettes en libre-service devraient continuer à faire parler d’elles en 2020.

Des investissements continus dans le secteur

En 2017 et 2018, les startups Américaines Bird et Lime ont enchaîné des levées de fonds impressionnantes pour finalement atteindre des valorisations de 2 milliards de dollars. C’est dire si les investisseurs croient en l’avenir du secteur. Mais le point d’équilibre semble être en passe d’être atteint. Depuis peu, certains acteurs de la mobilité ont montré des signes d’intérêt pour la trottinette, et en particulier les constructeurs automobiles.

Les constructeurs automobiles semblent en effet vouloir diversifier leurs offres, pour analyser et préparer les évolutions à venir en matière de mobilité. Spin est ainsi passé sous le pavillon de Ford il y a quelques mois, et il se pourrait ce ne soit que le début :

  • Seat a annoncé le lancement de son offre EXs, une trottinette électrique développée avec Segway. Elle est proposée en libre-service en Espagne avant une possible extension en Europe,
  • Les constructeurs Allemands ont déjà présenté des concepts au design ambitieux. Le dernier en date, BMW E-Scooter, conçu en partenariat avec le Suisse Micro.
  • Les Français ne sont pas en reste, Peugeot s’est lui aussi associé un temps avec Micro (modèle e-kick), et le groupe Renault travaillerait également sur différents scénarios.
trottinette VW Cityskater
Le concept Cityskater de Volkswagen présenté en 2018

Uber en embuscade

Mais le plus gros acteur du secteur, celui vers qui tous les regards sont tournés est Uber. Celui-ci ne cache pas ses ambitions dans le domaine, et pourrait acquérir des startups voire lancer sa propre offre dès 2019.

Dans l’équipe des trottinettes Simone, nous prenons toutes ces informations avec précaution. Notre avis est que des investissements forts ne signifient pas systématiquement une croissance du secteur, même si cela reste généralement vrai. Si le nombre d’utilisateurs de trottinettes en libre-service devrait logiquement continuer d’augmenter, des contraintes réglementaires et le manque de structures adaptées dans les grandes villes devrait à terme limiter le nombre d’acteurs.

La réponse du législateur

Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, les trottinettes libre-service posent parfois des problèmes. C’est particulièrement vrai pour les offres en free-floating. Entre dégradations du matériel, abandon des trottinettes sur des zones piétonnes, ou encore attitudes dangereuses de certains utilisateurs, un mécontentement général est apparu.

Certaines villes Américaines ont carrément décidé d’interdire les trottinettes. D’autres ont mis en place des systèmes de licences, limitant le nombre théorique de ces engins sur les trottoirs.

La réponse européenne est également en préparation. En France par exemple, le Code de la Route a vu apparaître au printemps 2019 des dispositions particulières. La trottinette électrique se voit ainsi dotée d’un statut particulier, lui interdisant par défaut le roulage sur trottoir. En outre, ce sont les villes qui décideront au cas par cas d’autoriser – ou non – les trottinettes en libre-service, et à quelles conditions.

Par ailleurs, les sanctions pourraient être lourdes pour les usagers récalcitrants. L’amende à Paris pour circulation sur le trottoir est dores et déjà de 135€. De quoi encourager l’usage sur piste cyclable (ou sur route en l’absence de celle-ci).

Côté normatif, une norme européenne technique (NF 17128, en projet) sera publiée en 2020 afin d’augmenter la qualité globale des trottinettes électriques vendues.

Ces décisions devraient, à terme rassurer les urbains en leur garantissant un usage approprié de ces nouvelles formes de mobilité.

Sans attendre la contrainte, il nous apparaît important que chaque acteur du secteur discute avec les municipalités pour développer dans de bonnes conditions l’usage des trottinettes en libre-service.

incivilités trottinettes
Les trottinettes partagées connaissent parfois une fin difficile...

Un modèle d'affaires discuté

Si l’argent coule à flots dans les startups de libre-service, le système peine pourtant à trouver sa rentabilité. On peut assurer avec quasi certitude que tous les acteurs ne survivront pas. Rien qu’à Paris, c’est une dizaine d’opérateurs qui tentent de se partager le gâteau.

Facteur accélérateur de la rationalisation à venir : l’exemple de la taxation Parisienne en discussion. En effet, la mairie de Paris a annoncé vouloir taxer vélos, trottinettes et scooters en libre-service. Cela prendrait la forme d’une redevance de 20€ par an pour un vélo et 50€ pour une trottinette électrique. Cette redevance serait assumée par le service de libre-service (Lime, Bird…).

D’après la mairie de Paris, l’objectif est de réguler des activités qui excèdent parfois les piétons. Les incivilités seraient l’une des raisons de cette redevance à venir.

En contrepartie, des stationnements dédiés seraient créés, mais pas dans l’immédiat. La municipalité ne s’est d’ailleurs pas arrêtée là puisque le 6 juin 2019, de nouvelles mesures ont été annoncées. Anne Hidalgo a déclaré que les trottinettes en libre-service devraient être stationnées sur les places de parking dès le mois de juillet. En effet, les 20 000 trottinettes partagées sont devenues un véritable casse-tête pour la maire de Paris.

Si la France est l’exemple le plus parlant en Europe, les autres grandes villes ne sont pas en reste. A Bruxelles, entre juin et août, ce sont pas moins de 1 300 trottinettes en libre-service qui ont disparu. Jusque-là, la capitale Belge comptait 4 000 engins en circulation. Ce sont les opérateurs Wind et Hive qui en ont fait les frais. Les prémices d’une hécatombe à venir, ou simple événement épisodique ?

Dans ce feuilleton à rebondissements, nul doute que l”épisode final n’est pas encore arrivé…

Le parti pris Simone

trottinette pony

Les trottinettes en libre-service contraintes de se réinventer (déjà)

Plutôt que de s'engouffrer dans la brèche prise par des dizaines de startups du secteur, pourquoi ne pas changer de modèle ? C'est en tout cas ce que l'entreprise pony a décidé de proposer.
Tout d'abord, au lieu de disposer ses trottinettes de manière anarchique, pony discute en amont avec les mairies. Ce qui permet de réfléchir à la problématique du stationnement avant l'arrivée des engins. Ce qui limite les dégradations, et la colère des piétons.
Ensuite, leur modèle économique est différent, ce qui leur permet - en théorie - d'être rentables. Ce qui n'est pas le cas des leaders du secteur, pour le moment. Pour y arriver, ils proposent aux usagers de devenir propriétaires de leur trottinette pony. Tout en les laissant à disposition des autres utilisateurs. Le prix de la course est partagé entre pony, et le propriétaire de la trottinette en libre-service.

La trottinette non partagée a-t-elle encore son mot à dire ?

Les trottinettes en libre-service sont une vraie opportunité pour les urbains de passer sur des modes de transport plus doux, plus écolos, tout en épargnant leur temps et leur portefeuille. Mais pour que chacun puisse y trouver son compte, il est nécessaire que les entreprises et les pouvoirs publics prennent toute la mesure des étapes à franchir avant de pouvoir proposer une solution fiable et durable. L’avenir des trottinettes en libre-service est finalement conditionné aux mêmes problématiques que les vélos et voitures partagés. On a d’ailleurs pu observer des évolutions importantes dans ces domaines à Paris (retrait de Gobee.bike en Europe, déboires du Vélib’, abandon du service Autolib’ par Bolloré). C’est pourquoi nous pensons que la trottinette non partagée, c’est à dire celle que nous achetons, est loin d’être morte.

Des ventes particulièrement dynamiques

Le dynamisme des ventes en France est d’ailleurs significatif, on estime que 230 000 trottinettes électriques ont été vendues en 2018. Soit plus du double des ventes de 2017. Côté trottinettes manuelles, ce sont plus de 200 000 modèles adultes qui ont trouvé preneur sur un total de plus de 1 million. Les constructeurs de trottinettes sont toujours aussi actifs dans le développement de modèles innovants. Et ces modèles sont souvent bien plus pratiques que les trottinettes en libre-service.

Vous le savez, notre Simone par exemple est très différente d’une imposante Lime. En se glissant dans n’importe quel sac, elle peut être emportée n’importe-où, et reste disponible en permanence.

Ce qui est sûr pour nous, c’est que toutes ces solutions (partagées, ou non) ne sont pas incompatibles et peuvent (doivent) coexister pour offrir une solution de mobilité à chaque personne. On espère que nos petits Français sauront tirer leur épingle du jeu sur ce marché d’ores et déjà très concurrentiel.

Les trottinettes en libre-service profitent-elles à tout le monde ?

Une répartition du gâteau inégale

D’un point de vue économique, l’équation est simple : l’écrasante majorité du chiffre d’affaire prend la direction des Etats-Unis. Mais si les marques les plus grosses sont Américaines, la fabrication est, elle essentiellement Asiatique. Voilà pourquoi l’Europe doit pour le moment se contenter des “miettes”, avec quelques startups en embuscade. A la manière de bien d’autres secteurs, “l’ubérisation” du secteur des trottinettes a des conséquences. Les retombées se situent en effet au niveau des “Juicers”, c’est à dire les chargeurs de trottinettes.

Car si nous avons tendance à l’oublier, les trottinettes en libre-service utilisées la journée ont besoin d’être rechargées la nuit. Et ce n’est pas de tout repos pour ces auto-entrepreneurs qu’on appelle les “juicers”. Ils doivent en effet, à l’aide d’une application, repérer, récupérer, puis charger les trottinettes. Enfin, tout cela doit avoir été fait avant le petit matin, de manière à pouvoir repositionner les trottinettes aux endroits stratégiques. Ce travail, payé environ 5€ par trottinette leur apporte certes une source de revenus, mais aussi une précarité importante. Car la concurrence est importante, et les marges faibles. Le tout dans un contexte parfois tendu avec certains utilisateurs qui n’hésitent pas à “privatiser” leur trottinette.

Des retombées supposées sur les petits commerces

Mais l’équation pourrait être plus complexe qu’elle n’y parait de prime abord. Car la mobilité douce peut avoir des effets positifs au niveau local. L’exemple de Memphis aux Etats-Unis est intéressant. Ville très étendue, le réflexe est généralement d’utiliser la voiture pour rejoindre le centre-ville. Tout cela se fait au détriment des commerces situés en zone périphérique. Qui n’a jamais découvert un lieu à pieds qu’il n’avait jamais vu en voiture ? La mobilité douce a cela de positif qu’elle permet de prendre davantage le temps. Et donc de découvrir de nouveaux lieux. C’est ce qui se produirait actuellement à Memphis, depuis l’arrivée des trottinettes en libre-service. On observerait en effet une revitalisation de certains quartiers, d’après le documentaire “Follow this” présenté sur Netflix. Nous attendons des études chiffrées en France pour confirmer ou infirmer ce point de vue.

Et l'environnement dans tout cela ?

Le sujet est sensible, mais osons en parler. Les trottinettes en libre-service ont-elles un impact positif sur l’environnement ?

L’intérêt principal du modèle est de pouvoir réduire l’utilisation de la voiture en ville. Or, d’après une étude 6t de juin 2019, on constate que seuls 3% des usagers du libre-service le font pour remplacer l’automobile. Dans la majorité des cas, il s’agit de compléter les transports en commun, ou la marche. Nous pouvons donc avancer avec certitude que le développement du libre-service se traduit (pour le moment) par une hausse des émissions polluantes.

En outre, la fabrication des trottinettes électriques nécessite l’extraction de terres rares pour la production des batteries. De plus, le modèle économique lui-même ne s’avère pas être très vertueux. La raison ? Une trottinette en libre-service aurait une durée de vie comprise entre un et trois mois d’après plusieurs études. Ajoutons à cela que le recyclage des batteries en fin de vie est actuellement opaque. De quoi nous rendre un peu plus sceptiques encore.

En août 2019, trois chercheurs Américains ont publié une première étude scientifique sur le sujet. On y apprend que le coût écologique d’une trottinette en libre-service serait de 202 grammes de CO2 par passager et par mile. C’est 2,5 fois plus élevé que le même trajet effectué en bus.

Entre autre, c’est le modèle de chargement qui représente 40% des émissions. La raison ? Pour récupérer les trottinettes à charger, les juicers utilisent… des véhicules thermiques.

L’autre poste d’émissions est la fabrication et le transport depuis la Chine (lieu de production). Avec plus de 15 kg à assembler puis transporter, la moitié de la pollution est déjà émise avant la première utilisation.

Cependant, nous pouvons être optimistes pour la suite. Les startups de trottinettes en libre-service ont pris conscience de leur réputation, et devront proposer des solutions à l’avenir. Ainsi, Lime aurait installé un entrepôt dédié aux réparations en région Parisienne. Entre recherche de rentabilité et conscience écologique, les trottinettes devraient devenir davantage vertueuses rapidement.

Fabrication des batteries
La fabrication des batteries nécessite l'extraction de matériaux rares

Il n'y a pas que Paris !

Pour terminer, vous l’aurez remarqué si vous n’êtes pas Parisien ou habitant d’une grande ville, les lancements se concentrent quasiment exclusivement en région Parisienne et à Lyon. Les citadins de toutes les villes sont pourtant concernés par ces besoins en mobilité. Il nous parait important de ne pas délaisser ces villes dites de « province ». Les solutions de libre-service ne seront peut-être pas la solution dans ces situations car totalement absentes ou pas suffisamment implantées. Voilà pourquoi la trottinette non partagée a encore de beaux jours devant elle.

Et vous, que pensez-vous de cette tendance des trottinettes en libre-service pour 2019 ? Faites-le nous savoir en commentaire !

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One thought on “Les trottinettes en libre-service ont-elles un avenir sur nos trottoirs en 2019 ?”

  • Excellente analyse.
    Je rejoins votre avis sur l’évolution alternative d’un achat partagé.
    J’y ajouterais un angle que je ne retrouve pas : celui de la nécessaire différenciation pour les fabricants et/ou distributeurs de trottinettes électriques à l’achat (voire aux NVEI), donc hors loueurs.
    Si je prends le parallèle des assureurs santé (dont les mutuelles), je suis persuadé que, dans cette course à la différenciation, les valeurs et les services distinctifs sauront capter une large clientèle.
    Pour les valeurs, celles qui se soucient réellement de l’humain ( à l’instar de la MAIF), du respect, sauront capter une part de clientèle fidèle.
    Pour les services, s’agissant d’un certain côté d’un choix de santé-sport, tout en y associant une dimension gestion du risque (donc prévention), ces acteurs devraient se rapprocher de start-ups travaillant dans ce domaine.

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